Laboratoire

du droit à la ville

Critique du quotidien urbain

Ce laboratoire est consacré à la question du droit à la ville, à savoir ici un droit d’accès à la centralité, entendue comme ce qui permet la rencontre du proche et du lointain. Que l’on parle de distances spatiale, sociale, culturelle. Il s’agira donc dans ce laboratoire d’interroger les logiques qui structurent la ville ; les mécanismes qui définissent les personnes légitimes en un lieu donné ; les processus qui assignent une position dans l’espace global de la ville ; les dispositifs qui éloignent les indésirables et génèrent ainsi une violence symbolique.

Mais le droit à la ville a aussi trait aux possibilités - inégales - d’action et d’intervention des habitants sur leur cadre de vie. Comme le remarque David Harvey (1988) : « le droit à la ville n’est pas seulement un droit d’accès à ce qui existe déjà, mais le droit de le changer. Nous devons être sûr que nous pouvons vivre avec nos propres créations. Mais le droit de nous refaire nous-mêmes en créant un type de socialité urbaine qualitativement différent est un des biens les plus précieux de tous les droits de l’homme. » Il conviendra donc aussi, dans ce laboratoire, d’interroger les modalités de la gouvernance et de la participation, de questionner les luttes urbaines et les revendications habitantes et enfin d’envisager les subversions et les détournements possibles de l’ordre urbain. Ces trois chantiers recoupent de fait autant de domaines : politique, juridique et artistique.

Le droit à la ville, tel qu’entendu ici, renvoie donc tout à la fois à la production de l’espace urbain et à sa consommation, ses modalités d’usage au jour le jour. De fait, penser l’urbain du point de vue du droit à la ville est indissociable d’une problématisation de la vie quotidienne.

Le quotidien est une somme d’activités qui, banales, peuvent être comptées et budgétisées. Il est une somme d’activités qui, standardisées, permettent d’envisager la manière dont la marchandise réifie les consciences. Mais il est aussi un lieu de libération. Un lieu où il est possible de profiter des « vides du pouvoir » (de Certeau, 1980), pour détourner des productions, ruser et braconner. Ainsi, le quotidien mérite-t-il d’être réhabilité. Il faut s’y pencher parce qu’il permet l’explicitation des logiques de l’action d’hommes sans qualités, qui sont néanmoins des acteurs géographiques compétents, producteurs d’un « espace légitime » (Lévy, 1994). Des logiques concrètes qui donnent de la chair aux modèles théoriques. Des logiques pragmatiques qui dotent l’homme sans qualités d’un statut qui diffère de celle d’une victime toujours-déjà consentante dans sa naïveté ontologique. Cet homme n’est pas un idiot culturel ; il dispose d’une compétence pratique.

C’est ainsi que l’approche critique du quotidien urbain que nous proposerons ici balancera entre l’attrait du micro (les usages de la ville) et l’ombre du macro (la fabrique de l’urbain), selon qu’on se focalisera sur la manière dont les individus produisent, au jour le jour, leur spatialité ou à l’inverse que celle-ci apparaît déterminée par des infrastructures, un jeu de représentations, une place dans le système territorial envisagé.

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