Laboratoire

des Villes invisibles

Les cartes de foursquare

Les cartes de foursquare

Dans la catégorie des services et médias géolocalisés qui font parler d’eux ces derniers temps, Foursquare est en bonne position. Il s’agit grossièrement d’un site communautaire accessible sur mobile qui permet à l’utilisateur d’indiquer où il se trouve et par là-même de rencontrer ainsi ses contacts, communiquer sur un mode “microblogging”, ou encore proposer des astuces par rapport à des lieux à découvrir. L’originalité par rapport à d’autres plate-formes réside dans deux caractéristiques. La première est l’idée de “check-in”: contrairement à nombre d’applications géolocalisées qui détectent automatiquement votre position dans l’espace, Foursquare vous demande de déclarer votre position manuellement. Un tel choix repose évidemment sur l’idée que cette “auto-positionnement” est plus respectueux de la vie privée des usagers (puisque ceux-ci peuvent choisir ou non de déclarer leur position ou encore de leur donner la possibilité de mentir). La seconde originalité réside dans l’utilisation de mécaniques ludiques assez classiques de collecte de points et autres récompenses en fonction des lieux visités (comme la possibilité de devenir le “maire” d’un lieu régulièrement parcouru). Un tel système a été mis en place comme mode d’incitation à l’usage du service: le gain de point et la comparaison sociale potentielle (”j’ai plus de points que toi”, “je suis le maire de tel endroit”, etc.). A l’instar de beaucoup d’autres services géolocalisés, Foursquare se donne pour objectif d’enrichir notre vie urbaine, en nous renseignant sur des lieux et en favorisant les rencontres au sein de groupes de contacts.

Au-delà de l’aspect “réseau social”
Comme beaucoup des applications ayant émergées dans la communauté du Web Social, Foursquare (pardon il faut dire 4^2) énerve tout autant que Twitter à ses débuts. Et cela pour diverses raisons sur lesquelles je ne reviendrais pas ici (disons seulement que beaucoup trouvent son usage futile d’une part et intrusif d’autre part) et qui sont discutées ailleurs. Le propos de ces chroniques est plus de faire remonter à la surface de nouvelles pratiques. Dans le cas de cette application, il est intéressant de constater l’effervescence autour des données que les usagers partagent. Comme souvent dans le domaine du Web, des bricoleurs créent des outils tiers pour étendre les possibilités des services existants (pour information, on parle de “coral-reef innovation“). La disponibilité des données géolocalisées partagées par les usagers sur Foursquare, rend accessible de nouveaux modes de représentations des comportements. Un phénomène dont j’avais déjà eu l’occasion de parler ici.

De Foursquare aux cartes
Regardons par exemple les cartes réalisées par Michal Migurski de l’agence Stamen Design:

Il s’agit de cartes papier (imprimée dans le journal “Things Our Friends sent us for printing” réalisé par le RIG) qui représentent les localisations dans la ville de Austin au Texas de personnes venues à une conférence. Gâce à Foursquare, celles-ci se sont “déclarées présentes” dans différents lieux à 4 moments dans le temps (matin, après-midi, soir, soirée) grâce au “check in”. Ce genre de carte pourrait être dénommé “chronotope” puisqu’elle représente l’évolution de comportements spatiaux au cours du temps.

Un autre service dénommé Where Do You Go propose à chaque usager de Foursquare de se créer ses propres cartes.Celles-ci sont cumulatives puisqu’il n’est pas possible de distinguer l’évolution au cours du temps comme la représentation ci-contre qui montre les lieux que j’ai visité régulièrement à Paris dans les derniers mois. Comme dans le cas précédent, des cercles de couleurs attestent de ma présence dans différents lieux mais sans la dimension temporelle.

Un renouvellement des cartes
Au fond, au-delà d’un service tel que Foursquare, ces exemples divers sont intéressants car ils témoignent d’un renouvellement dans notre rapport à la cartographie. En premier lieu, ils montrent la possibilité de chacun à se créer ses propres cartes. Pour autant que celui-ci ou celle-ci maîtrise les outils, il est possible d’extraire des informations sur ses déplacements. Des applications géolocalisées de randonnée vont également dans ce sens. Par ailleurs, ces exemples montrent la potentialité de rajouter la composante temporelle à la notion de cartographie, le tout basé sur l’accumulation des données d’usage d’un service tel que Foursquare.

Enfin, ce genre d’exemple atteste du renouvellement potentiel de la carte au format papier qui peut intégrer des données extraites de services numériques. Il y a potentiellement à creuser du côté de ces formats papiers comme moyen d’intégrer les avantages du numérique (traitement des informations, flexibilité des données) et ceux du papier (confort de lecture). Verra-t-on naître des nouveaux outils de navigation urbaine mêlant ces divers formats? Il s’agit en tout cas de nouvelles formes de représentations des Villes Invisibles.

Nicolas Nova

Création Web: Ergopix Sàrl