
Par Christine Maupetit,
professeure, et
Catherine Guillod,
chargée d’enseignement,
Haute Ecole de Santé,
Filière soins infirmiers, Genève.
En l’an 2050, je ferai peut-être partie de la vague des « centenaires » dont il faudra tenir compte !
Mais d’ici là, je tente de profiter de la vie et garder ma mobilité le plus longtemps possible, car je peux observer autour de moi que la mobilité, c’est la vie ! En tant que future « vieille dame », mon souhait serait de pouvoir conserver mon autonomie, et notamment pouvoir continuer à me déplacer, et pour cela avoir un environnement adapté à mon état de fragilité. Lors de mes sorties j’aimerais aussi avoir la possibilité de m’asseoir pour me reposer un moment …avant de repartir.
L’environnement auquel je serai alors confrontée me le permettra t-il encore ? De nos jours, que de barrières architecturales entravent ma mobilité. Il m’est difficile d’accéder à certains vieux immeubles sans barre d’appui.
L’installation de plans inclinés ou d’escaliers roulants faciliterait mes déplacements dans la cité et en particulier l’accès au métro et aux trains.
Les déficits visuels et auditifs dont je risque de souffrir au grand âge seraient également à prendre en compte. Pour cela, réétudier les éclairages dans les lieux publics me semble primordial. Les espaces modernes très vitrés peuvent par exemple devenir une entrave de par l’éblouissement de la lumière.
L’aménagement du territoire public devrait tenir compte de mes possibles pertes d’équilibre et de mon risque de chute… Par exemple, l’irrégularité du sol de la place pavée du Molard à Genève, bien que très jolie, est un facteur de risque de chute. Dans ce sens, repenser les textures de sols aux dépends parfois de critères esthétiques serait pertinent.
Un meilleur fléchage pour me permettre de me repérer et de me diriger dans les hôpitaux ou services de soins ambulatoires serait aussi le bienvenu.
Dans les magasins, je souhaiterais pouvoir bénéficier d’espaces conviviaux où les sièges seraient adaptés à mon âge, et pas un siège de bar auquel je ne peux accéder.
Je souhaiterais aussi que dans les parcs, des attractions adaptées aux séniors soient là pour maintenir ma mobilité, comme prochainement dans le quartier genevois de Champel ou à Meyrin.
Et pourquoi pas aussi un « parcours Vita » sécurisé ? L’aménagement de ces parcs devrait proposer des bancs confortables et adaptés à mon vieillissement. Je m’assois …mais pourrai-je me relever ? Ces bancs devraient aussi être placés à des endroits ombragés, et pas en plein soleil, pour moi qui me déshydrate plus vite que mon ombre.
Aurai-je par ailleurs la possibilité de disposer d’un transport public ou privé adapté à mes besoins physiques ? Comme par exemple prendre un petit bus confortable, qui pourrait être proposé par quartier, et qui passerait me prendre dans le mien pour aller en ville, ou faire le marché à deux pas, ou encore aller au théâtre ou à un spectacle. Sur un appel de téléphone, celui-ci serait disponible et à un prix raisonnable. Ces transports tiendront-ils compte de notre mobilité réduite et de la sécurité des passagers ?
Espérant néanmoins pouvoir continuer à conduire ma voiture automatique, je ne demanderais pas mieux que de pouvoir trouver une place de parking accessible…
Divers cadres d’orientation proposés par des organismes tels que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (« Vieillir en restant actif », « Guide mondial des villes-amies des aînés ») ou locaux comme Equiterre (« Bien vivre dans sa ville ») proposent des solutions adéquates en aménagements urbains et en sécurité des déplacements. Celles-ci devraient nous permettre d’espérer, si ces cadres sont soutenus par les politiques, offrir à la personne âgée une vie riche de sens, et cela jusqu’au bout.