THÈME: Festivals: réels outils de promotion urbaine?

La culture au cœur de l’écosystème urbain Par Stefano Stoll

Les milieux culturels se demandent souvent ce que leur ville peut faire pour eux. Ce réflexe semble conditionner leur survie. Mais que font les milieux culturels pour leur ville ? L’histoire le montre, seules les structures qui interagissent de manière constructive avec leur environnement ont une chance de perdurer. Voici quelques considérations au sujet des relations entre culture et politique urbaine.

1) La culture stimule la planification urbaine. Bien entendu le territoire suisse est parsemé de musées, de festivals et de théâtres de toutes sortes. Mais c’est dans les villes que la concentration devient suffisamment dense pour que ces institutions deviennent des éléments incontournables du développement. Il en va de la répartition de ces lieux de culture sur le territoire de la ville (un musée est-il plus effectif au centre-ville ou sur les bords d’un lac ?), de leurs interactions avec leur environnement de proximité, des nuisances qu’ils pourraient entraîner, du nombre d’emplois qu’ils sont susceptibles de générer ou encore du potentiel touristique de leurs activités.

2) La culture participe au développement économique des villes. En 1992 le maire Rudolph Giuliani cite une étude du Port Authority et déclare que l’impact économique total de la culture aurait atteint quelque 20 milliards de dollars pour la seule ville de New York. Depuis cette époque, les études de cas se sont multipliées et confirment ces données. Mais pour fonctionner, cet effet multiplicateur de la dépense culturelle nécessite la masse critique d’une zone urbaine. D’autre part, avec la professionnalisation progressive des milieux culturels depuis le milieu des années 90, se développent partout de nouvelles collaborations fructueuses entre la culture, le tourisme et l’économie.

3) La culture contribue au rayonnement de la ville. En économie il existe une règle empirique (principe de Pareto) selon laquelle un commerce réalise 80% de son chiffre d’affaires avec 20% des produits de son catalogue. Il en va de même pour une ville ou une région, qui élabore le 80% de son image et de son attractivité grâce à 20% de ses activités, comme le montrent les nombreux supports de communication produits à cet effet. Les infrastructures mises en avant relèvent invariablement des sports, de l’éducation, des loisirs ou de la culture.

Conscientes que l’offre culturelle est un atout majeur pour la ville, les autorités prennent de plus en plus soin du développement de leurs institutions culturelles. Elles envisagent leurs destinées avec plus de sérieux qu’autrefois et se montrent de plus en plus bienveillantes envers ce secteur d’activité. Mais la relation doit encore être consolidée. Il est important que les directeurs de musées, de théâtres ou de festivals se demandent ce qu’ils rendent à la ville ; qu’ils s’interrogent constamment sur leurs marges de progression en la matière. Car les collectivités attendent de leurs institutions et associations qu’elles soient réellement ouvertes sur la ville et ses habitants. Elles attendent des projets marqués par de la générosité, des surprises, de l’intelligibilité. Elles attendent des compromis fertiles entre la qualité et l’accessibilité. Elles attendent que la culture soit à l’écoute du citoyen et fasse du bien à la ville, tout simplement.

Loin de la perception romantique usuelle, la culture est indéniablement devenue une plante des villes. Elle pousse aujourd’hui sur les pavés et le bitume mieux que dans les forêts et les champs. Plus que jamais, il incombe aux acteurs culturels de prendre conscience du rôle qu’ils jouent au sein de l’écosystème complexe qu’est l’environnement urbain. Et de se rappeler que les éléments d’un même écosystème constituent un réseau d’interdépendances permettant le maintien et le développement de la vie.

Stefano Stoll, Délégué à la culture de la ville de Vevey

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