EDITORIAL DE LA SEMAINE

Dès le 11 octobre 2010: les “Urbanités” passent le relais à “InterCités”

Par Yann Gerdil-Margueron

“Transit”, l’art pendant les travaux

Interventions artistiques au Centre-ville de Renens

Dans sa volonté de maintenir « en vie » le Centre-ville de Renens durant les travaux qui vont en changer le visage, la Ville a souhaité qu’un projet nouveau, tourné vers la création artistique, puisse prendre ses quartiers dans l’espace urbain.

TRANSIT va ainsi faire s’exposer l’art dans la rue, en plusieurs étapes, de semaine en semaine et de lieu en lieu, avec la participation des commerçants, des habitants, des associations, des jeunes, de tout un chacun intéressé par ce projet.

L’ambition : rapprocher l’art et la vie.

Point de départ.

Dans la volonté de dynamiser le centre-ville de Renens, le service de la culture a mandaté Trivial Mass Production pour réfléchir et proposer un concept animant les rues sur une période approximative de 2 ans. Voici un bref résumé des éléments de leur réflexion :

Contexte

Les travaux qui seront entrepris sur la place du marché représentent un formidable potentiel pour la ville de Renens. Néanmoins, pendant deux ans, la rues Neuve et celle du Midi risquent de subir les effets de ce vaste chantier. En effet, les commerces de ces deux rues centrales craignent la désaffection du public. Il convient donc de les rassurer et d’insuffler à ces rues une vie intermédiaire pour faire de ces deux ans critiques, deux ans magiques.

Concept : Renens centre d’art !

-Période: 2009 et 2010. Avril à octobre
-Début avril, un artiste conçoit une installation pendant la semaine. Cette installation est inaugurée le samedi.
-L’artiste va ensuite concevoir une déclinaison de son oeuvre avec des artistes professionnels (graffeurs, danseurs etc.), des commerçants ou des associations de Renens. Cette nouvelle oeuvre sera présentée à nouveau aux proches et aux passants.
-L’opération se renouvelle au fil des mois et les interventions artistiques se succèdent. Au total, durant 2009, plus de 14 projets individuels et collectifs seront ainsi présentés et animeront le centre de Renens.

Buts recherchés:

- Avec l’arrivée de l’Ecal (Ecole cantonale d’art de Lausanne), avec le foisonnement multiculturel de la ville et la richesse que cela génère, la ville de Renens est crédible pour proposer ce genre de projet à la fois artistique et populaire.
- L’événement anime le coeur de la ville et implique les commerçants, qui, en tant que parrains de l’événement, peuvent inviter leur clients et se sentir parties prenantes de l’événement.
- L’animation touche à la fois les familles (via les enfants impliqués dans les projets) ainsi que d’autres profils d’habitants de Renens.

L’historien d’art Marco Costantini a proposé les 7 artistes qui interviendront dans ce cadre.

Proposition curatoriale

TRANSIT prend l’option de l’accumulation. Les cinq oeuvres réalisées d’abord par les artistes invitées seront dans un deuxième temps “revisitées”, en collaboration avec des membres de collectivités locales ou habitants de la Ville de Renens. Les deux étapes de l’oeuvre cohabitent dans l’espace et constituent ce qui peut être considéré comme la première exposition urbaine basée sur le principe du Cadavre Exquis. Ce “jeu”, inventé vers 1925 par les Surréalistes, consiste à faire composer une phrase ou un dessin par plusieurs personnes, sans qu’aucune d’elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes.

Comme il s’inscrit dans la durée (pour une période de six mois), TRANSIT permet également de s’implanter dans les lieux et de faire découvrir régulièrement aux promeneurs une nouvelle oeuvre.

En octobre, l’ensemble des interventions se présentera telle une exposition.

En alternance dans la saison, deux artistes interviendront non pas en concevant un travail plastique en direct, mais en se mettant elles-mêmes en scène. Leurs “performances”, tout comme les interventions plastiques, s’adresseront à un large public, en l’impliquant dans leur démarche, tout comme peut le faire le théâtre de rue.

Pour le projet, les artistes sont toutes des femmes. Elles ont été choisies pour la diversité de leurs pratiques artistiques, permettant ainsi une pluralité des regards sur la création, tout comme des possibilités élargies de collaboration avec les artistes et habitants de Renens.

Marco Costantini

Artistes sélectionnées

Plasticiennes
Claudia Comte
Elise Gagnebin-de-Bons
Loan Nguyen

Performeuses et chorégraphes
Léonore Easton
Young Soon Cho Jaquet

Claudia Comte

Les deux interventions de Claudia Comte :

Intervenant sur un des tilleuls destinés à la coupe qui prospérait jusqu’alors sur la Place du Marché désormais en mutation, Claudia Comte utilise ainsi un élément existant afin de le transformer transformer selon ses propres rites. Une fois réalisée, la sculpture sera placée non loin du site d’origine de l’arbre afin qu’elle établisse établisse une nouvelle relation avec le paysage urbain.
Tout comme la Place du Marché entame sa propre transformation par l’entremise de machines de chantier, Claudia Comte officie en artiste chamane par l’usage de la tronçonneuse, le tilleul opérant quant à lui une transition de nature à culture.

Le samedi 4 avril à 11h, la sculpture abstraite à la tronçonneuse, réalisée durant la semaine, à l’intérieur d’un chantier qui lui est propre, a été amené jusqu’à la nouvelle place de jeux. La population est invitée à former pour l’occasion un cortège rythmé par un orchestre de jazz de la Nouvelle Orléans. La sculpture a été ensuite posé au centre de la fontaine.

Le samedi 18 avril, de 9h à 11h, cinq sociétés de la Ville de Renens ont été invitées à ensemencer de fleurs un talus composé de cinq Toblerone géants. Chaque société a donc sa propre butte, afin de planter ses graines et un panneau identifiant sa société.

Claudia Comte

Claudia Comte (1983) réalise une oeuvre protéiforme: peintures, sculptures, pyrogravures, dessins et photographies. Ses sources sont aussi multiples qu’originales : archives familiales, artisanat vernaculaire, cinéma spectaculaire, héraldique qui se meut en abstraction géométrique, cartoon low-tech, histoire de l’art romantique, monuments publics, statuaire de place du village ou encore les oeuvres cinétiques qui ornent posément les giratoires. Les rapprochements opérés par la jeune artiste sont intuitifs. Il n’y a pas de hiérarchie dans les constituants convoqués dans ses oeuvres, ce sont des réminiscences.

Diplômée en 2007 de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) dans la section arts visuels, elle vient de terminer une résidence à la Cité des Arts à Paris, lauréate de l’atelier Vaudois du 700e. Elle expose depuis 2005 en Suisse et à Paris.

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Stéphanie Pfister

Les deux interventions de Stéphanie Pfister :

Les Fusées de Stéphanie Pfister s’inscrivent dans la suite d’un travail de dessin et d’aquarelle nommée « plaisir et catastrophes ». Le motif de la glace à l’eau, objet de fraîcheur et de plaisir, revient régulièrement dans l’oeuvre de l’artiste.

Pour son projet à Renens, 3 grandes sculptures oranges et blanches, en béton, viendront créer des catastrophes poétiques sur le passage longeant le chantier Coeur de Ville de l’extrémité Nord de la rue de la Savonnerie à la rue de la Source. Tantôt tombés du ciel, comme à la Rue Neuve ou en état de fonte le long d’un trottoir, des indices orangés feront autant office de signalétique d’une nouvelle circulation au Centre-ville qu’ils ouvriront à tous des imaginaires fantastiques.

Pour sa deuxième intervention, durant les deux semaines précédant le vernissage, Stéphanie Pfister, en collaboration avec le photographe Noé Cauderay, créera des mises en scènes autour de ses sculptures avec des jeunes du CRA et des commerçants du Centre-ville de Renens. Une série de ces photographies sera présentée dans la vitrine du brocanteur de la Rue Neuve. Les photos, insérées dans des cadres anciens intégrés parmi les objets du magasin, deviendront à leur tour des témoins d’une micro-histoire fantastique, elle de la venue des fusées oranges dans les rues de la ville.

Stéphanie Pfister

Née en 1982, Stéphanie Pfister travaille et vit à Nyon. Diplomée de la HEAD (Haute Ecole d’Art et de Design) de Genève, elle y travaille ensuite comme assistante dans les nouveaux médias. Le dessin, l’écriture et la vidéo sont les moyens d’expression qu’elle sollicite le plus souvent, en les faisant cohabiter de multiples façons. En 2006, elle inaugure le bureau des actions poétiques , un projet soutenu par le FCAC de Genève. Son premier recueil de textes « Sous sciences » paraît aux éditions Héros-Limite en 2007, s’en suivent plusieurs lectures.
Dés 2007, elle met en scène ses dessins dans des installations plus conséquentes, où intervient souvent l’aquarelle. Elle expose son travail régulièrement et collabore sur différents projets, dont la petite maison d’édition « Ripopée ».

http://www.stephaniepfister.net

http://www.actions-poetiques.ch

http://www.ripopee.net

Loan Nguyen

Les deux interventions de Loan Nguyen :

Pour Transit, Loan Nguyen réalise deux photographies la montrant en train de suspendre des tableaux à des murs trouvés dans la zone industrielle de Renens. Les tableaux, des paysages suisses réalisés par des peintres du dimanche, auront été empruntés à la brocante de la Rue Neuve. Par ce geste, Loan Nguyen tente de transformer des lieux publics, souvent vides et anonymes, en un « chez elle », de s’approprier ces lieux par l’entreprise d’un geste à la fois simple et poétique. A partir du samedi 30 mai, ces deux photographies, agrandies en très grand format sur de la bâche, seront accrochées à des bâtiments en chantier ou en voie de démolition.

Le samedi 20 juin, durant le marché, Loan Nguyen invitera lors de sa deuxième intervention des graffeurs à réaliser sous le regard du public une fresque murale directement inspirée de ses deux photographies monumentales installées le 20 juin. Ainsi, tout comme Loan Nguyen se sera emparée d’oeuvres préexistantes afin d’élaborer ses propres images, elle confie désormais les siennes à de nouveaux artistes dans un geste de passage de témoin. Au final, c’est le mur qui reliera toutes ces interventions, un mur tantôt sujet, tantôt support, tantôt médium.

Loan Nguyen

Loan Nguyen vit et travaille à Lausanne. De 1997 à 2000 elle étudie à l’Ecole d’Arts Appliqués de Vevey, y suit la Formation Supérieure en photographie et obtient son diplôme en octobre 2000. En 2002 elle devient member du collectif POC (Piece of Cake), un réseau de jeunes photographes européens. Après plusieurs participations à des expositions collectives, elle montre pour la première fois son travail en 2003 à la galerie Esther Woerdehoff à Paris, qui la représente depuis lors. De 2003 à aujourd’hui, son travail a été montré à la Galerie Wagner & Partner à Berlin, à la Duncan Miller Gallery à Los Angeles, et au Fotomuseum Winterthur, entre autres.

Youngsoon Cho Jaquet

La performance de Youngsoon Cho Jacquet:

Chalet Renens.

Pour les étrangers et particulièrement ceux qui habitent ici comme moi, il y a tout un imaginaire autour de la Suisse qui nous fait rêver. Le chalet en fait partie. Je vais demander à 5 ou 10 personnes qui habitent à Renens et qui, si possible, sont d’origine étrangère de m’apporter un objet qui pour eux est relié à cette idée d’une Suisse fantasmée. Par exemple, moi, Heidi comme je l’ai découvert grâce au dessin animé.

J’entends donc convier les habitants de Renens à la construction d’un chalet. Sur la scène, il y aura une table et quelques chaises en bois. Je les démonterai, détachant les pieds, le plateau, les dossiers, les placets, puis je construirai un chalet en emboîtant ces différentes pièces. La forme finale n’aura aucun rapport avec celle d’un chalet mais ce sera un contenant, un espace habitable en bois clair. La précision avec laquelle les pièces s’emboîtent fait partie, elle aussi, d’une Suisse telle que je la rêve.
L’intérêt de la performance consistera dans la manière avec laquelle j’effectuerai cette transformation. Toutes sortes de chemins de traverse seront empruntés avant d’aboutir au résultat final. Il s’agira d’évoquer tour à tour un bateau, un avion ou un oiseau… faisant se succéder différents rapports entre les éléments de construction et le corps de la performeuse.

Avec, pour la conception du “chalet” :

Nicolas Bassand, architecte.
Il travaille au Laboratoire de théorie et d’histoire de l’Architecture à l’Ecole Polytechnique Fédérale. En décembre 2008, il a obtenu son doctorat à l’Institut d’architecture et de la ville de l’EPFL avec la recherche “Densité et logement collectif : innovations architecturales et urbaines dans la Suisse contemporaine”.

Avec, pour la réalisation du “chalet” :

Serge Perret, scénographe.
Il collabore avec plusieurs compagnies de danse ou de théâtre. Il a entre autres travaillé pour Velma, Marielle Pinsard, Linga, Andrea Novikov, Oskar Gomez Mata, Michel Voïta, Hélène Cattin, Omar Porras, Pasquier-Rossier, Denis Maillefer, etc.

Youngsoon Cho Jacquet

Née en 1973 à Séoul, Youngsoon Cho danse professionnellement depuis 1992 d’abord au sein de compagnies coréennes. Elle a ensuite suivi la formation du London Studio Centre (LSC) de 1996 à 1999. Connue en Suisse comme interprète de Fabienne Berger, Estelle Héritier, Arthur Kuggeleyn, Nicole Seiler, Massimo Furlan ou Elodie Pong, YoungSoon Cho a ensuite dévoilé ses talents de performeur dans ses propres créations. Le public se découvrait alors immergé dans un univers aussi étrange qu’accueillant.

Dans les pièces de Youngsoon Cho, le public est considéré comme un élément constitutif de la performance, la préparation de la pièce et de l’espace est intégrée au spectacle, et une attention persistante est accordée aux questions de mémoire et d’origine. Un rapport particulier à la matière et aux sensations joue le rôle de trait d’union entre ces thèmes principaux. En conviant le spectateur à toucher certains éléments scénographiques, à les sentir, ou simplement à les écouter et à les regarder, chacune de ces performances convie le public à un partage simple et direct.

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Elise Gagnebin-de Bons

Elise Gagnebin-de Bons (1976) vit et travaille à Lausanne. Elle a terminé l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (Ecal) en 2000.
Dès ses premières expositions collectives et personnelles, Elise Gagnebin-de Bons s’est attachée à montrer des oeuvres où une violence retenue crée la tension et balance le spectateur entre une réalité dure et un imaginaire fantasmé. Elle s’exprime au travers de supports visuels multiples: vidéos, installations, dessins, collages, bannières, sculptures.

Ainsi, les expositions La Cohorte (2004 et 2008 à la galerie Basta, et au Patio, à Lausanne) permet à l’artiste de représenter une société secrète, La Cohorte, écrire son histoire, définir ses codes, sa hiérarchie. Au sein de l’exposition Le Spectrarium (2008, Pavillon suisse Le Corbusier, Paris), l’artiste montre Smoked, une pyramide en bois, gavée d’un oeil mi-clos, rappelant une symbolique maçonnique.

Léonore Easton

Performeuse anglo-suisse. Elle travaille actuellement sur un projet de thèse en « Performance Studies » à Queen Mary University of London. Sa recherche porte sur les liens que le langage, et plus particulièrement le non-sens, entretient avec le corps et la façon dont la performance contemporaine et le Live Art mettent en relation l’effusion de fluides corporels et la création d’une forme de glossolalie. Ce travail de recherche se développe à la fois sur le mode théorique et pratique, ce qui signifie que ses performances sont liées à son exploration du lien intrinsèque entre le corps, les fluides et la production d’un langage « glossolalique ».

Sandrine Pelletier

Artiste suisse basée à Paris, elle expérimente le travail du fil, de la broderie et de la dentelle avec un décalage particulièrement intéressant. Avec ses portraits brodés, porcelaines tressées, carcasses de dentelle et autres architectures de fil, sa démarche est plus proche d’un univers fantastique à la Edgar Poe que des travaux d’aiguille de nos grand-mères…

Née en 1976 à Lausanne
Vit et travaille à Paris et Lausanne
Diplômée de L’ECAL, Ecole cantonale d’art de Lausanne
Co-fondatrice de Madame Paris (graphisme et direction artistique)

Galeries:
Taché-Levy gallery, Brussels, Belgium
Fette’s gallery, Los Angeles, USA
Super Window Gallery, Kyoto, Japan
Rosa Turetsky, Genève

CREDITS PHOTOS : Trivial Mass / Nicolas Coulomb

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