EDITORIAL DE LA SEMAINE

Dès le 11 octobre 2010: les “Urbanités” passent le relais à “InterCités”

Par Yann Gerdil-Margueron

NOUVELLES CAPITALES ROMANDES : L’EXPANSION AU RISQUE DE L’ENGORGEMENT ?

Nyon, Allaman, Morges, Renens, Yverdon-les-Bains, Vevey : jusqu’alors cantonnées aux seconds rôles, ceux d’éponges de secours de l’accroissement démographique et économique tous azimuts des traditionnels pôles urbains, des « grandes sœurs », que sont notamment Genève et Lausanne, les « cadettes » s’émancipent depuis quelques années et s’imposent comme des acteurs économiques, sociaux et culturels à part entière sur le plateau romand.

A commencer par le secteur économique. Les agglomérations de secondes zones, en général de moins de 30 000 habitants, ont reclassé leurs terrains agricoles ou en friches en parcs d’affaires, véritables pièges à entreprises. Ainsi du A-One Business Center de Rolle, soit 30 000 m2 de bureaux qui affichait déjà complet alors qu’il n’était pas encore terminé. Parmi les sociétés qui ont choisi de s’installer à Rolle : Nissan, Chiquita ou Yahoo ! Depuis 2003, ce sont pas moins de 1500 emplois qui ont été créé sur la petite commune vaudoise.

A Allaman et Etoy, la pompe à emplois s’appelle Littoral Parc, parcelle de 622 000m2.

Tout le long de la voie de chemin de fer entre Genève et Lausanne, les grues se multiplient et les regroupements d’enseignes de supermarchés avoisinent ceux des centres d’affaires.

Une euphorie économique et, partant, urbanistique aussi stimulante que dangereuse : ces nouvelles concentrations urbaines ne vont pas sans provoquer des surcharges de trafic pendulaire sur des infrastructures déjà lourdement mises à contribution. Par ailleurs, la construction de logements en rapport, bien qu’entamée à Rolle comme à Allaman, ne suit pas la courbe exponentielle du nombre d’emplois créés. Et que dire des infrastructures sociales (écoles, EMS, hôtels, etc), largement à la traîne ?

La crise du logement qui sévit dans les grands pôles urbains peut également être source de développement pour les communes limitrophes qui plutôt que de n’en subir que l’impact douloureux préfère profiter du phénomène, à l’instar de Saint-Prex qui aligne les projets immobiliers de luxe pour les cadres dont les sociétés sont venues s’installer dans les parcs d’affaires voisins. Quitte à provoquer un changement radical du profil de sa population en attirant en masse ces riches contribuables.

Mais la nouvelle envergure qu’entendent se donner ces villes de « secondes zones » ne s’arrête pas aux domaines économiques et démographiques. Ainsi Vevey est-elle fermement décidée à jouer la carte de la culture et à s’imposer dans la cour des grandes cités culturelles en dopant le programme découlant du slogan « Vevey ville d’images ».

Mais ces politique proactives dans le domaine du développement urbain risquent de provoquer des effets secondaires paradoxaux : les nouvelles capitales romandes attirent entreprises et résidents aisés sur l’argument de leur qualité de vie. Qualité de vie qui risque bien de faire la première les frais d’un développement urbain tous azimuts et donc d’une dévalorisation sur le court terme de leur meilleur atout sur le long terme.

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