En 2004, lors de sa résidence à Barcelone, l’artiste suisse Véronique Goël entreprend un important ensemble photographique portant le nom d’un hôtel de la vieille ville: Hotel Comercio. Elle mène en parallèle deux projets vidéo, Agbar et Poble No. L’étude Hotel Commercio est devenu un livre, qui vient de paraître aux Editions Notari à Genève.
«Barcelone est devenue un grand marché touristique constamment alimenté par de nouvelles attractions pour conserver son pouvoir de séduction et continuer à se développer. Ce commerce tourne à plein régime dans une frénésie festivalière et de consommation perpétuelle, où vie nocturne, manifestations et événements de tous ordres (musique, spectacles de rue, cuisine, cinéma, vidéo, peinture etc.) se côtoient et se succèdent sans distinction à un rythme infernal. Cet état des choses auquel les Barcelonais résistent comme ils peuvent, m’a procuré un champ de travail inattendu que j’ai exploré au fil des mois.»
Véronique Goël
Le naufrage d’une ville
Les photographies d’Hotel Comercio ont été prises au centre de la vieille ville de Barcelone, dans les quartiers Gotic, Ribera et Raval.
Elles sont consacrées à des sujets qui sont omniprésents dans cette ville :
1) les banderoles de «protestations» suspendues aux fenêtres des maisons par les habitants ;
2) les nettoyeurs actifs jour et nuit pour évacuer les masses de déchets et d’ordures de tous types ;
3) les «sin techo», SDF ou naufragés ;
4) la spéculation et ce qu’elle génère ;
5) la police, présente à tous les coins de rue ;
6) les sacs à gravats de chantiers.
En contrepoint, une septième série d’images recueille les traces laissées par l’Histoire, fragments de mémoire, rappels d’un passé que l’on voudrait enterré à jamais mais qui ressurgit sans cesse. Les images sont cernées par trois lignes de textes dont le contenu provient d’extraits de la presse quotidienne, défilant dans le livre, comme sur les panneaux d’affichage numérique. Un mélange d’informations principalement locales et régionales, mais aussi internationales présentées souvent
en castillan, mais aussi en français et en anglais. Le texte est imprimé en continu et rythmé à intervalles irréguliers par de minces filets rouges qui en ponctuent les fragments. Le livre de Véronique Goël martèle le «naufrage» d’une ville, en boucles d’images et de textes lancinants. Elle s’interroge sur les effets schizophréniques ou pervers de l’application dépersonnalisée et méthodique des valeurs actuelles en matière d’urbanisme, de sécurité ou de propreté.
Benoit Antille
Véronique, Goël, biographie:
Cinéaste et plasticienne née en 1951, à Rolle (Suisse), Véronique Göel vit et travaille à Genève. Elle a commencé par une formation de couturière avant de s’orienter vers des études de peinture et de gravure à l’École des Beaux-Arts, à Lausanne puis à Genève. Sa rencontre, en 1974 lors de leur première rétrospective à la cinémathèque de Lausanne, avec Jean-Marie Straub et Danièle Huillet est déterminante. Entre 1982 et 1989, elle vit et travaille à Londres avec le cinéaste expérimental américain Stephen Dwoskin. Véronique Goël a entrepris de nombreux séjours en Afrique, à Berlin, à New York, à Florence et dernièrement à Barcelone dans une résidence d’artiste.
Le Livre Hotel Comercio
32 x 18.5 cm, 64 p.
ISBN: 978-2-9700532-1-7
éditions notari (www.editionsnotari.ch)